La sonde Voyager 2 confirme qu’elle a rejoint le milieu interstellaire

Vue d’artiste de la sonde interplanétaire Voyager 2 lancée en 1977. Crédit: Nasa
Au regard des mesures effectuées par ses instruments à bord, Voyager 2 a franchi l’une des frontières externes de notre Système solaire. Une confirmation expérimentale de l’annonce qui avait été faite il y a un an.

Au terme d’une année passée à l’extérieur du Système solaire, Voyager 2 vient de livrer des analyses du milieu interstellaire dans lequel elle séjourne. Les données, faisant l’objet de cinq publications dans la revue Nature Astronomy, confirment que la sonde américaine, partie de la Terre en 1977, a bel et bien quitté la sphère d’influence du Soleil. Là où la visiteuse des planètes géantes se trouve aujourd’hui, ce sont les particules interstellaires qui prédominent, contrairement à l’intérieur de la région appelée héliosphère. Dans celle-ci, c’est le vent solaire émis par notre étoile qui prend le dessus sur les rayons cosmiques provenant d’au-delà, et exerçant une pression dans le sens opposé. De sorte que le Soleil gonfle une forme de bulle protectrice autour de lui, englobant les planètes. C’est cette bulle que Voyager 2 a aujourd’hui fini de quitter.

La sonde est le deuxième engin terrestre à avoir basculé du côté interstellaire après… Voyager 1, il y a sept ans. Actuellement située à 17 heures-lumière de la Terre, Voyager 2 a franchi la frontière, baptisée héliopause, le 5 novembre 2018. Une date précise que Nature Astronomy confirme aujourd’hui, à la lumière des mesures de densité réalisées pendant cette période.

Voyager 1 n’avait, quant à elle, pas forcément bénéficié de ce niveau de précision, la faute à ses instruments en moins bon état que chez sa jumelle. « La frontière n’est pas parfaitement fine et l’on pourrait se tromper de quelques jours, commente Miho Janvier, de l’Institut d’astrophysique spatiale à Orsay. D’ailleurs, on ne peut véritablement parler de frontière nette, ou héliopause, que du côté où le vent solaire fait front au rayonnement cosmique. Soit dans le sens de déplacement de notre Système solaire dans la Galaxie. »

Vue d’artiste des sondes Voyager 1 et 2 ayant franchi l'héliopause, qui délimite l'héliosphère. © Nasa

Les deux sondes n’ont par ailleurs pas traversé l’héliopause au même endroit, et des différences de mesures ont été relevées. Dans le premier cas, la densité de particules émises par le Soleil, censée décroître à mesure que la sonde nous quitte, avait notamment connu un plateau. Pas dans le second cas, suggérant que dans la zone de franchissement de Voyager 2, l’héliopause est plus fine et lisse qu’elle ne l’était pour Voyager 1. Ces différences doivent encore trouver une explication, peut-être dans les variations de l’activité magnétique de notre étoile.

Peut-on alors dire que Voyager 1 et 2 ont quitté le Système solaire ? Du point de vue du magnétisme, oui. Du point de vue de la gravitation, non. Dans ce cas, la limite est encore bien lointaine : au-delà du Nuage d’Oort. Cette vaste région, dans laquelle des millions de petits corps célestes glacés sont encore prisonniers de l’attraction solaire, s’étend jusqu’à 100 000 unités astronomiques. Voyager 1 a beau filer à plus de 60 000 km/h, il lui faudra plus de 30 000 ans pour arriver jusque-là. Même en prolongeant son espérance de vie, les batteries seront vides d’ici là.

Trajectoire de la sonde Voyager 1 vue depuis la Terre. Crédit: DR

 

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