La Nasa s’intéresse de nouveau à la recherche des extraterrestres

© T. Plakhova
Un peu plus de 25 ans après l’arrêt brutal de son programme d’écoute, la Nasa pourrait s’intéresser de nouveau à la recherche de civilisations extraterrestres ! À l’automne, l’agence spatiale américaine a en effet hébergé à Houston un colloque consacré aux « technosignatures »...
Jason Wright. © Nasa

« Nous étions plus d’une soixantaine de participants. Essentiellement des astronomes, mais aussi des ingénieurs, des anthropologues, des biologistes, et quelques officiels de la Nasa », se réjouit Jason Wright. Du 25 au 28 septembre 2018, l’astrophysicien de la Penn State University est parvenu à réunir un bel aréopage au Lunar and Planetary Institute (Houston). Jill Tarter (qui a inspiré le film Contact ), mais aussi le directeur du Breakthrough Starshot Pete Worden, l’écrivain de science-fiction Gregory Benford et bien d’autres étaient présents pour préparer le grand retour de l’agence américaine aux affaires SETI (Search for Extra-Terrestrial Intelligence).

« La Nasa n’a pas financé de projets de recherche d’intelligence extraterrestre depuis 1993 et l’arrêt brutal de son programme par le Congrès. Mais cela pourrait changer. Dans la dernière proposition de budget de l’agence faite par le législateur américain, il lui est en effet demandé de financer la recherche de technosignatures. Ce colloque, c’était un moyen pour la Nasa de s’y préparer », explique le chercheur.

Technosignature ? C’est un mot inventé par Jill Tarter en 2007, une contraction de « signature de technologie » qui désigne en fait tout signal ou artefact dont l’existence implique la mise en œuvre d’un appareillage technologique, donc d’une intelligence extraterrestre. Des impulsions radio très spécifiques émises depuis un système planétaire proche seraient évidemment une technosignature. Un vaisseau alien qui serait repéré en train de traverser le Système solaire en serait une autre. « La technosignature idéale se manifeste sur une longue durée (ce qui augmente nos chances de la découvrir), n’est pas ambiguë (elle doit nous paraître artificielle sans doute possible), nécessite peu ou pas d’extrapolation par rapport à a technologie actuelle (elle offre peu de place aux spéculations), est une conséquence inévitable de la technologie (il ne faut pas que nous ayons à nous interroger sur les motivations des extraterrestres), est riche en information (idéalement nous aimerions en apprendre plus que simplement « ils sont là »), et bien sûr, est facilement détectable », énumère Jason Wright. En réalité, aucune ne présente toutes ces qualités. Mais à l’heure où il faudra choisir entre telle et telle autre stratégie de recherche, cette liste servira de guide.

Plus faciles à découvrir que les biosignatures

Une technosignature, insiste l’astrophysicien, est bien entendu une biosignature (signature de vie). « Sauf qu’une signature de technologie extraterrestre pourrait être beaucoup plus évidente à détecter qu’une signature de vie extraterrestre » reprend Jason Wright. « Un faisceau radio, par exemple, peut être très simple à découvrir, pour peu que nous sachions où et quand regarder. Par ailleurs, comme la technologie pourrait permettre à une espèce de se déployer vers d’autres étoiles, à travers la Galaxie, il pourrait y avoir beaucoup plus d’étoiles avec technosignatures que d’étoiles hébergeant une planète où apparaît la vie. »

De grands champs d’antennes ont été mobilisés pour tenter de détecter un signal radio d’origine artificielle. © NRAO

Dans le rapport de 70 pages qui tient lieu de compte-rendu du colloque de Houston, Jason Wright et ses collègues recensent l’intégralité des recherches SETI menées à ce jour — la plupart du temps sur fonds privés — tout comme les pistes à creuser pour l’avenir. Si les recherches les plus courantes sont des recherches de signaux radio artificiels, voire laser, ainsi que les émissions thermiques — infrarouges — d’une éventuelle activité alien, certains ont cherché des grandes structures autour d’étoiles, voire proposé des pistes plus exotiques… Ainsi, le rapport n’exclut pas la découverte un jour d’artefacts extraterrestres dans le Système solaire, jugeant son exploration pour le moment très incomplète. « Il est même possible que la Terre héberge de tels artefacts », peut-on y lire. Les rédacteurs mettent cependant en garde contre les dérives non scientifiques et prônent une approche prudente de ces sujets.

Plus conventionnelles, la pollution d’une atmosphère (par exemple par des gaz CFC) ou l’existence de sources de lumière sur la face nocturne d’une planète pourraient aussi tenir lieu de technosignatures. En fait, selon Jill Tarter et Jason Wright, on peut définir une technosignature à travers neuf paramètres allant de sa puissance de transmission à sa fréquence, en passant par durée, etc. Au final, la fraction déjà explorée de cet espace de paramètres serait d’au mieux un milliardième de milliardième... 

Une recherche fructueuse… même sans extraterrestres

Alors, est-il bien sérieux de chercher ainsi une aiguille dans une si vaste botte de foin, sachant qu’on ne connaît ni la couleur ni la forme de l’aiguille (ni même, à vrai dire, s’il s’agit d’une aiguille…) ? La Nasa devrait-elle vraiment financer ce genre de projet ? Les promoteurs de SETI rappellent d’abord qu’il n’est pas nécessaire d’explorer tout l’espace des possibles pour espérer faire une découverte. Après tout, selon l’analogie proposée par Jill Tarter, il n’est pas indispensable d’explorer tous les océans pour découvrir un poisson ! Mais surtout, comme l’explique Jason Wright, « on peut faire de la science intéressante en cherchant des technosignatures, même si on ne les trouve pas. »

Saurions-nous détecter autour d'une étoile lointaine une mégastructure artificielle comme une immense sphère
imaginée par Freeman Dyson dans les années 1940 ?  © D. Capnhack

C’est presque mot pour mot l’énoncé de la Première loi de la recherche SETI selon Freeman Dyson, un astrophysicien théoricien à qui on doit notamment le concept de sphère de Dyson : « Toute recherche de civilisation extraterrestre doit être conçue de manière à donner des résultats intéressants même si on ne trouve aucun alien. » Jason Wright fait remarquer qu’avec son équipe, en cherchant une signature thermique d’activité extraterrestre, il a découvert de nouvelles galaxies à sursaut, une étrange nébuleuse autour d’une étoile proche, un amas de sources infrarouges et plusieurs galaxies qui émettaient des quantités anormales d’ultraviolet. De même, « le projet Breakthrough Listen [recherche SETI financée sur fonds privés, NDLR] a développé des instruments de radioastronomie incroyables, qui ont déjà été utilisés pour étudier des sources astronomiques plus conventionnelles, les sursauts radio rapides. Un travail d’ailleurs publié dans la revue Nature ! »

Un budget minime, comparé aux friandises pour chien

Bien sûr, le chercheur est conscient qu’en ce début de XXIe siècle, il y a beaucoup de problèmes plus urgents à résoudre sur Terre que la découverte des ET. « Mais les États-Unis et le reste du monde ne sont pas pauvres au point de ne pas pouvoir aussi faire de la science, martèle le chercheur. Mettons les choses en perspectives : les États-Unis ont dépensé plus d’argent en 2018 en friandises pour animaux de compagnie — je ne parle pas de la nourriture, juste de friandises — que dans le budget scientifique de la Nasa. Et une étude récente a révélé qu’en une seule année, l’armée américaine avait perdu quatre fois le budget annuel de la Nasa en gaspillages administratifs. » En comparaison, la quantité d’argent nécessaire pour initier un programme SETI est bien faible… « La proposition faite dans les discussions du Congrès était d’y consacrer 20 millions de dollars sur deux ans ». C’est-à-dire... 0,05 % du budget global de l’agence spatiale.

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