L’Atlantique se déverse dans l’Arctique, et ce n’est pas bon…

Crédit : Nasa
Les données recueillies par les satellites le révèlent : les eaux de l'océan Atlantique tendent à se déverser de plus en plus dans l'océan Arctique. Le phénomène empêche la glace fondue en été de se reformer en hiver. Conséquence directe : l'Arctique se réchauffe plus vite que le reste de la planète et la situation ne va pas aller en s'améliorant.

Hausse de la température atmosphérique, déforestation, surconcentration de CO2… Les satellites d'observation de la Terre sont aux premières loges pour alerter face aux dérèglements récents de la planète. C'est tout particulièrement le cas pour la fonte des glaces en Arctique. Une nouvelle étude parue dans Journal of Climate s'est fondée sur les données de deux satellites de l'Agence spatiale européenne (ESA) pour étudier le déversement des eaux de l'Océan Atlantique dans l'Océan Arctique, un processus surnommé "atlantification". Robert Ricker, de l'Institut Alfred Wegener pour la Recherche Polaire et Marine, qui a utilisé SMOS et CryoSat pour identifier les liens entre l'évolution de la banquise au cours des saisons et la température de l'océan, raconte : "Nous avons mené des mesures satellites sur un temps long. Et nous avons découvert que dans la mer de Barents et la mer de Kara, il y avait une fonte des glaces accrue par l'arrivée de l'eau plus chaude."

Un cycle naturel en déséquilibre

En Arctique, tout est question d'équilibre. Une partie de la glace fond en été pour se reformer l'hiver suivant. Un processus toujours en cours sur une partie de la région, notamment entre la mer de Beaufort et la mer de Laptev, du côté des frontières de l'Alaska et de la Sibérie. En revanche, cet équilibre est déréglé en se rapprochant du Groenland et de la partie ouest de la Russie, plus proche de l'Atlantique. Le phénomène d'atlantification était déjà connu mais c'est la première fois qu'une étude montre que ses conséquences sont telles, que le cycle naturel de la glace ne permet plus de le contrebalancer.

Une eau chaude qui se rapproche de la surface

En temps normal, l'eau de l'Atlantique se déverse bien dans l'Arctique, mais uniquement en profondeur. Il y a une "couche" d'eau entre 200 et 700 mètres sous la surface qui est plus chaude que le reste. Un système de strates nécessaires pour transporter certains nutriments notamment au gré des courants marins. Entre cette partie plus chaude et la surface : une couche isolante baptisée halocline qui empêche la chaleur de remonter. Mais avec le réchauffement climatique, l'eau se refroidit moins et cette couche se rapproche peu à peu de la surface. "Cette structure en strates d'eau n'était pas du tout connue avant les premières explorations de l'Arctique, précise Lars-Eric Heimbürger-Boavida, océanographe chimiste à l’Institut Méditerranéen d’Océanologie. Avant les expéditions de Fridtjof Nansen à la fin du XIXème siècle, les scientifiques pensaient qu'il était impossible d'avoir tant de glace au Pôle Nord car la chaleur de l'Océan Atlantique empêcherait la formation de banquise." Depuis, les connaissances se sont considérablement élargies, et tout particulièrement ces dernières décennies avec les satellites. Si l'imagerie permet de voir en quasi-direct des glaciers se détacher, comme le 20 mai dernier en Antarctique, la technologie apporte aussi des informations sur des caractéristiques bien moins visibles à l'oeil nu. SMOS mesure la salinité des océans, qui augmente lorsque l'eau de l'Atlantique se rapproche de la surface. CryoSat de son côté, évalue l'épaisseur de la banquise, ce qui renseigne sur le volume total de glace présent en Arctique. "Nous avons besoin de ces observations sur de longues périodes, ajoute Robert Ricker. Il faut savoir quelle quantité de glace est là aujourd'hui, et surtout comment est-ce que ça change."

Le verdict est sans appel : la glace n'est pas seulement fondue par l'augmentation de la température atmosphérique. Elle est aussi "grignotée" par ces courants plus chauds qui se rapprochent. Finalement, les prévisions antérieures aux expéditions de Nansen se sont révélées justes. "Les satellites restent aujourd'hui le meilleur moyen pour observer l'Arctique, considère Lars-Eric Heimbürger-Boavida. Les explorations in situ se font surtout en été, et il y a un réel manque de données sur l'hiver alors que l'environnement est très dynamique."

L'épaisseur moyenne de la calotte artique (à gauche) diminue. Mais les satellites observent surtout un déficit d'épaisseur, dû au fait que la banquise ne se reconstitue pas aussi bien qu'autrefois, sur les rivages du Groenland et de la Russie.

Des observations parcellaires, mais un enjeu capital pour les pays frontaliers. Le Conseil de l'Arctique réuni le 20 mai dernier a conclu sur une collaboration entre la Russie, les Etats-Unis, le Canada et les pays scandinaves pour assurer la protection du territoire. Mais en coulisse, la Russie multiplie la construction de bases militaires, et les ressources pétrolières font de l'œil aux différentes puissances. En plus, la fonte des glaces scrutée de si près par les satellites rend possible la création de passages pour le fret aujourd'hui en été, demain en hiver.

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