En plein cinquantenaire des missions Apollo, le musée de l’Air et de l’Espace de Washington se métamorphose

Le musée de Washington possède la plus belle collection consacrée à l’espace. © J. Preston/Smithsonian Institution
Alors que les États-Unis viennent de célébrer le 50e anniversaire des premiers pas de l’Homme sur la Lune, leur plus grand musée consacré à l’espace et qui contient de nombreuses pièces des missions Apollo, est en travaux, partiellement fermé. Récit d’une situation paradoxale.

S’il est un musée consacré à l’espace qu’il faut voir, c’est bien le Smithsonian National Air and Space Museum, à Washington. Avec ses maquettes grandeur nature, ses vrais vaisseaux spatiaux et sa riche collection d’objets revenus de l’espace, il constitue une halte obligatoire sur le chemin de tout touriste, passionné d’exploration spatiale ou non, de passage sur la côte Est des États-Unis. Mais ce haut lieu de l’histoire de l’espace se trouve depuis quelques mois dans une situation paradoxale : en plein dans les commémorations des cinquante ans des premiers pas sur la Lune, il est en grande partie… fermé pour travaux ! Et pour un bout de temps.

Les rénovations — que l’on préfère appeler « transformation et redynamisation » — obligent à clore une grande partie du musée jusqu’en 2025. Cette phase (qui a débuté en 2018) couvre le 50e anniversaire d’Apollo 11 et de tous les alunissages qui ont suivi de 1969 à 1972. Ainsi, la galerie consacrée aux missions lunaires américaines est inaccessible… jusqu’en 2022.

Le bâtiment qu’occupe actuellement le Smithsonian National Air and Space Museum a ouvert au public en 1976 dans le parc du National Mall, en plein centre de Washington DC, à quelques centaines de mètres de la Maison Blanche. Depuis, 350 millions de visiteurs ont foulé son plancher et apprécié ses 23 expositions installées sur 15 000 mètres carrés. Et son succès ne faiblit pas. Les touristes sont toujours au rendez-vous, en partie grâce à l’immense publicité qu’on peut voir sur la façade temporaire du musée : de grandes bannières à hauteur du regard assurent que le lieu est bien ouvert.

Le scaphandre mythique du premiers pas sur la Lune a dû être restauré. © E. Long/Smithsonian Institution

Une fois à l’intérieur, certes, ils peuvent admirer le scaphandre que Neil Armstrong portait sur la Lune. Quand nous nous sommes rendus au musée, à la mi-octobre 2019, des dizaines de personnes se tenaient bouche bée devant le précieux artefact, maintenant protégé par une vitrine toute neuve. Depuis 2006, il n’était plus exposé car il avait souffert d’une détérioration excessive. La combinaison lunaire est désormais rénovée grâce aux 750 000 $ collectés lors de la campagne de financement participatif Kickstarter et installée dans une vitrine qui expire l’air afin de lui éviter tout contact avec des gaz susceptibles de la dégrader.

Toutefois, plus moyen de voir l’immense moteur F1 de la fusée Saturne 5, ou encore tous les objets rapportés de la Lune au cours des six missions qui ont permis à douze hommes d’explorer notre satellite naturel. Il faut se contenter d’entrer dans la maquette grandeur nature de la station spatiale Skylab (au demeurant impressionnante) ou d’admirer l’assemblage Apollo-Soyouz suspendu dans l’un des halls du rez-de-chaussée.

Des travaux devenus plus qu’urgents

La question brûle donc les lèvres : pourquoi diable entreprendre des travaux d’une telle envergure au moment même d’une commémoration aussi importante ? Tout simplement parce que le bâtiment arrive à bout de souffle. Le musée « commence à fatiguer », ses principaux systèmes de chauffage et de plomberie, notamment, « ont bien servi et sont en fin de vie », déclare son conservateur en chef, Peter Jakab, dans une interview.

Mais il y a plus préoccupant. « Le plus urgent, c’est le revêtement extérieur qui commence à céder, ajoute-t-il. Lors de la construction du musée en 1976, l’un des enjeux était de respecter le budget, ce qui est toujours délicat, bien sûr. Rendre la pierre un peu plus fine qu’elle n’aurait dû l’être a été l’une des décisions les moins avisées. Nous en assumons aujourd’hui les conséquences, et la pierre doit être entièrement remplacée à l’extérieur du bâtiment. C’est un travail de titan. Les travaux se déroulent très bien pour l’instant, c’est formidable, et ils en ont déjà retiré une grosse partie. »

Tandis que les rénovations du Smithsonian Museum apportent leur lot de désagréments, sur le long terme, l’administration profitera de cette occasion pour moderniser sa muséographie. Le site internet du musée hébergera une « expérience numérique intégrée » afin de le visiter à distance, même si l’on habite à l’autre bout du monde. Des expériences interactives seront également proposées sur place et chaque galerie se concentrera sur une époque historique différente.

Projet de présentation pour le programme Apollo. © Smithsonian Institution

En 2022, par exemple, la galerie « Destination : Lune » se focalisera sur la façon dont on imaginait un voyage jusqu’à la Lune dans les années 1960, et s’attardera davantage sur les femmes et les minorités qui travaillaient alors en coulisses pour faire aboutir ce projet. Le cœur de l’exposition restera « le vol habité à l’ère d’Apollo, précise Peter Jakab, mais elle inclura également les missions robots qui ont suivi et ce que nous envisageons maintenant pour l’avenir. »

Les visiteurs auront aussi l’occasion de réfléchir à ce que l’exploration de la Lune par les humains signifiait à l’époque et ce qu’elle signifie aujourd’hui : une question intéressante si, lorsque la galerie rouvrira dans deux ans, l’administration Trump maintient sa volonté d’un nouvel alunissage en 2024.

Des objets que l’on croyait perdus

Entre-temps, les responsables du Smithsonian Museum tentent de continuer à faire vivre l’expérience Apollo aux visiteurs. Pour cela, il leur reste le module lunaire qui trône dans le hall d’entrée, mais aussi la combinaison de Neil Armstrong, ainsi qu’un sac avec divers petits objets de la mission Apollo 11. Ces derniers valent le détour car ils avaient été emportés sur la Lune par Armstrong. Il y a là des lunettes de soleil, de longues sangles et des outils. Avant la mort de l’astronaute à 82 ans en 2012, les conservateurs pensaient ce sac perdu. La veuve d’Armstrong, Carol Knight, a découvert plus tard ces objets dans un placard et en a fait don au Smithsonian Museum en 2015.

Tout le reste est stocké au musée Udvar-Hazy Center, à Chantilly, en Virginie, à une quarantaine de kilomètres du centre de Washington et n’est pas visible. Seul avantage, lui aussi invisible pour le public : grâce au Congrès, qui a mis à la disposition du musée un nouveau bâtiment quelques années plus tôt, les précieux artefacts ont été déplacés dans un endroit sûr, sans avoir à dépenser des millions de dollars dans la location d’un espace spécialisé.

Le module de commande Clumbia de la mission Apollo 11 est l’un des joyaux du musée de Washington. © Smithsonian Institution
Pour les travaux, une bonne partie des collections a dû quitter le lieu. © National Air and Space Museum
Le scaphandre de Buzz Aldrin est plus facile à déplacer qu'une capsule spatiale. © National Air and Space Museum

Quant au module de commande d’Apollo 11, le vaisseau à bord duquel Armstrong, Aldrin et Collins ont réalisé leur aventure historique, il est parti en tournée à travers le pays pour la première fois depuis 1971. Le véhicule avait alors voyagé dans les 50 États et parcouru environ 42 000 km — soit huit allers-retours d’un bout à l’autre des États-Unis. Cette fois, après avoir fait étape dans quatre villes, il fait une dernière halte à Cincinnati[FB2] , où il sera présenté au public jusqu’au 17 février 2020.

Cette exposition a aussi pour but de faire la promotion du tournant numérique que prendra le tout nouveau Smithsonian Museum. En plus de 20 objets authentiques qui étaient à bord d’Apollo 11 avec l’équipage, l’exposition itinérante comprend plusieurs vidéos et des expériences interactives. « C’est important qu’un objet aussi symbolique que le module de commande soit vu par de nombreux visiteurs en dehors de Washington DC », déclare Peter Jakab.

En attendant, au musée de Washington, il faudra composer avec les travaux pour au moins deux ans avant de contempler à nouveau l’intégralité de sa collection exceptionnelle.

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