Budget de la Nasa 2021 : le Congrès américain préserve la science et retarde l’atterrissage sur la Lune

La station lunaire Gateway. Crédit : Nasa
Les Etats-Unis enverront probablement des humains sur la Lune moins rapidement qu’annoncé. Avec un budget 2021 plus modéré que celui requis par la Maison Blanche, la Nasa va devoir repousser le développement de son module lunaire. Mais le télescope spatial Nancy Grace Roman est sauvé.

Un plan pluriannuel, avec des dates estimées pour les lancements de la fusée SLS nécessaires pour construire la station spatiale circumlunaire Gateway, plus des activités scientifiques sur la Lune. Telles sont les conditions nécessaires, et à ce jour manquantes, pour que le Congrès octroie à la Nasa, pour son programme lunaire Artemis, le budget que voulait lui attribuer la Maison Blanche. En d’autres termes, en l’absence d’une réelle planification de la Nasa, les parlementaires ont coupé substantiellement les fonds qui leur étaient demandés pour rendre possible l’atterrissage d’astronautes américains sur la Lune en 2024. Evidemment, cela n’est pas dit explicitement. Mais en divisant par quatre le budget voulu par l’administration Trump pour la construction d’un module lunaire (850 millions de dollars au lieu des 3,37 milliards), le report du premier débarquement américain sur la Lune depuis 1972 devient inévitable.

Un accord bipartisan post-élection

Le 21 décembre 2020, au terme de presque une année de tractations, l’ensemble du parlement américain a ainsi rendu sa copie pour le financement des activités de la Nasa en 2021. Après une requête faite par le président Trump le 10 février 2020, la Chambre des Représentants, puis le Sénat, ont fini par se mettre d’accord (on appelle cela un accord bipartisan entre démocrates et républicains) pour augmenter seulement de 3% l’enveloppe annuelle de l’agence spatiale nationale (23,3 milliards de dollars). La Maison Blanche réclamait 12% de mieux par rapport à 2020 (soit 25,2 milliards). Le Sénat, en particulier, a rendu son verdict après l’élection présidentielle américaine qui a vu Joe Biden l’emporter sur Donald Trump.

La science restaurée

Si le programme Artemis subit un coup de frein avec la publication de cette loi de finance définitive, la science ressort mieux dotée que prévu. En particulier, pour la troisième année consécutive, le Congrès, contre la volonté de la Maison Blanche, a sauvé le projet de télescope spatial Nancy Grace Roman. Anciennement connu sous l’appellation de WFIRST, il s’agit d’un télescope orbital de même diamètre que le vénérable Hubble mais couvrant un champ 100 fois plus grand qui doit permettre de photographier de nombreuses exoplanètes et d’étudier en détail la question de la matière noire. L’administration Trump avait une nouvelle fois demandé son abandon. Le Congrès l’a maintenu pour un lancement en 2025 avec un financement 2021 à hauteur de 505 millions de dollars.

L’astrophysique est également sauvée par les parlementaires avec une dotation de 1,3 milliards (contre 831 millions proposés par la Maison Blanche), ce qui lui garantit le même niveau qu’en 2020. Au passage, l’observatoire aéroporté SOFIA, lui aussi menacé, devrait survivre. L’exploration des planètes s’en sort avec un budget légèrement en hausse qui laisse la porte ouverte à un lancement d’Europa Clipper via une fusée SLS et au développement de la mission de retour d’échantillons martiens.

Quant aux sciences de la Terre, elles montent à 2 milliards de dollars (contre 1,76 milliards demandés par l’administration Trump).

En tout, la science à la Nasa reçoit 1 milliard de plus que ce que voulait lui octroyer le président Trump.

Le SLS toujours en course

La fusée géante Space Launch System (SLS), en cours de construction par Boeing sous la maîtrise d’œuvre de la Nasa, et malgré ses difficultés, reste financée généreusement. Une deuxième tour mobile de lancement doit être construite. Et surtout, les versions ultérieures de la fusée, dont le développement avait été gelé, semblent renaître. Le document produit par le Congrès stipule en effet que les 2,585 milliards de dollars qui lui sont consacrés, doivent servir à lui donner une capacité d’emport de 130 tonnes, ce qui n’est pas le cas de sa première version, Block 1 (70 tonnes). A ce titre, la Nasa devra développer son étage supérieur appelé Exploration Upper Stage pour des missions vers la Lune ainsi que le Block 1B en configuration cargo qui donnera au SLS une capacité de 97 tonnes. Ce n’est que vers 2030 qu’une version Block 2 atteindrait les 130 tonnes.

En janvier, un nouveau président s’installera dans le bureau ovale de la Maison Blanche. Pour l’instant, ce dernier est resté muet sur le programme spatial américain. Sa prise de position sur le sujet, la personne qu’il nommera à la tête de la Nasa à la place de Jim Bridenstine, mais aussi la majorité au Sénat (qui ne sera connue que le 5 janvier à l’issue du second tour de scrutin en Georgie) donneront certainement une idée plus précise de la volonté américaine en matière spatiale.

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