Banc d’essai : neuf jumelles 8x56 testées pour l’astronomie

© Ciel & espace
Lorsqu’il s’agit de choisir des jumelles, l’astronome amateur regarde du côté des objectifs de 50 mm, alors qu’il existe aussi une offre moins connue en 56 mm permettant de gagner 25 % de lumière en plus. Nous avons testé sur le ciel neuf jumelles 8x56, pour le débutant ou l’expert exigeant

Pour l’observation du ciel, les jumelles sont des précieux outils, capables de couvrir un champ large. Elles offrent notamment une vision de la Voie lactée sans pareille. Les 7x50 et 10x50 sont souvent recommandées aux astronomes amateurs pour un usage à main levée (le premier chiffre est le grossissement, et le second, le diamètre des objectifs). Cependant, en regardant du côté des chasseurs, également exigeants sur les performances crépusculaires, on découvre que leur modèle phare est la 8x56. En fait, l’objectif de 56 mm est la limite maximale pour concevoir des jumelles droites (dotées de prisme en toit). De telles jumelles restent maniables à main levée, et la préférence pour les 50 mm en astronomie et les 56 mm pour la chasse est finalement assez culturelle. La raison est que les 8x56 sont notamment issues de marques spécialisées dans la chasse, comme Meopta, Docter et Blaser. Ce sont pourtant des marques qualitatives qui font partie du cercle fermé de celles qui fabriquent encore en Europe.

Sur les 8x56 tout comme sur les 7x50, la pupille de sortie est de 7 mm (elle se calcule en divisant le diamètre par le grossissement). C’est-à-dire que le faisceau à la sortie de l’oculaire fait 7 mm de large. Or, c’est la taille de notre pupille lorsqu’elle est dilatée au maximum dans l’obscurité. Du moins pour les sujets jeunes. En vieillissant, l’œil perd de sa souplesse et se dilate de moins en moins : en moyenne autour de 6 mm à 50 ans et de 5 mm à 80 ans. Si la pupille de l’observateur est plus petite que la pupille de sortie des jumelles, cela revient à diaphragmer l’objectif, et donc à perdre de la lumière. Pour les moins jeunes, des jumelles de 10x50 ou 10x56 sont donc préférables, car leur pupille de sortie est de 5 et 5,6 mm. Mais comme nous allons le voir, peu de marques déclinent leurs 8x56 en 10x56.

Nous avons testé neuf modèles de jumelles 8x56, classés ici par prix. Bien que non exhaustive, cette liste est représentative du marché.

1. Bushnell Trophy Xtreme 8x56 

Les jumelles Bushnell se répartissent entre l’entrée de gamme et le milieu de gamme de bonne facture. Les Trophy Xtreme 8x56 se situent entre ces deux domaines, avec un tarif agressif pour des jumelles droites. Leur plus grosse qualité est un gainage très renforcé. Ce n’est pas indispensable en astronomie, mais si vous envisagez aussi un usage baroudeur, c’est un plus. Globalement, la prestation est assez cohérente par rapport au prix, mais on regrette une transmission de seulement 72 %. Il est dommage de monter en diamètre et de perdre ainsi de la lumière. Le plus désagréable sur ce produit est son champ vraiment très étroit. Dans cette gamme Trophy, allez plutôt vers la 10x50 mm. Elle est plus homogène, avec un champ apparent plus large et une transmission un peu meilleure.

 

2. Bresser Pirsch 8x56 

Bresser propose plusieurs séries de jumelles d’entrée de gamme. La nouvelle série Pirsch vient chapeauter le sommet de cette offre et arbore un look vraisemblablement inspiré par Swarovski pour se donner un faux air haut de gamme. Un double pont central garantit une meilleure rigidité en cas de choc. Leur écartement permet tout juste à trois doigts de chaque main de trouver leur place. Le quatrième doigt reste sur le dessus pour accéder à la molette de mise au point. Celle-ci se fait en un peu plus d’un tour et demi. C’est un bon compromis entre le besoin de changer de mise au point rapidement et le besoin de précision. Autre atout : la transmission de 79 %. C’est plutôt bon pour un produit de ce prix. Dans le panel testé ici, c’est le meilleur choix en entrée de gamme.

 

3. Minox BV 8x56 BR 

Minox est une marque allemande. Elle vante le made in Germany sur certains de ces produits, mais ce n’est pas le cas des Minox BV 8x65 BR, produites en Chine. En fait, la marque fait le grand écart entre des produits haut de gamme et ceux d’entrée de gamme comme le modèle testé ici. Il existe également une Minox BL 8x56 HD fabriquée en Allemagne. Le prix de la BV 8x56 BR est assez cohérent par rapport aux performances. Elles sont globalement moyennes et assez homogènes. Ces jumelles perdent des points du côté de l’ergonomie. Il n’y a qu’un seul pont et sa position rend la prise en main peu confortable. Les doigts ne trouvent pas leur place. Le tarif constaté nous semble un peu haut par rapport à deux autres produits d’entrée de gamme testés ici : les Bresser et les Bushnell.

 

4. Kowa Prominar BD 8x56 

Même si la production de Kowa a été délocalisée en Chine, le fabricant historique japonais propose toujours des articles originaux. L’ergonomie de la Prominar BD 8x56 est simple et épurée, et la prise en main agréable. Sans atteindre l’excellence, la qualité d’image sur les bords est supérieure à la moyenne. En contrepartie, le champ n’est pas très large. Pour le reste, la transmission et le rendu des couleurs sont très bons ; des critères importants pour les utilisateurs de telles jumelles. Le niveau de finition global est bon. On ne note pas de jeu mécanique (sauf légèrement pour les œilletons), et la dureté de tous les réglages est bien dosée. Le centre de gravité est assez déporté vers l’avant, mais le poids reste raisonnable. Le plus gros intérêt de ce produit est qu’il existe aussi en 10x56 et 12x56. La 10x56 a le même champ que la 8x et offre donc un meilleur confort de vision.

 

5. Docter 8x56 HED 

Au centre du champ des Docter 8x56 HED, les détails sont bien plus fins que ce que peut résoudre notre œil. Le champ est large, la transmission est très bonne et la neutralité des couleurs excellente. Ces résultats montrent qu’après avoir repris l’usine d’Allemagne de l’Est de Zeiss, la marque Docter ne s’est pas reposée sur ses lauriers. La prise en main sur les larges fûts est excellente et le caoutchouc strié offre une très bonne accroche. Seul bémol, en bord de champ, la qualité est médiocre en raison d’un fort niveau d’astigmatisme. Cette réelle contre‑performance masque une réalité plus subtile : la courbure de champ est plus faible que la majorité des jumelles testées, probablement en raison de la focale relativement longue des objectifs. Du coup, l’œil a moins besoin d’accommoder lorsqu’il analyse les différentes zones du champ, ce qui donne un excellent confort de vision.

 

6. Meopta Meostar B1 8x56 

Si vous cherchez un produit fabriqué en Europe, sans avoir les moyens de vous offrir le haut de gamme allemand et autrichien, la marque tchèque Meopta est une bonne alternative. Sur ces Meostar 8×56, la transmission de lumière de 88 % est haute et la neutralité des couleurs est d’un bon niveau. La finition est haut de gamme, avec une molette centrale finement crantée pour ajuster l’écart de dioptrie entre les deux yeux. La courbure de champ reste assez présente et la qualité d’image en bord de champ est en deçà des produits les plus prestigieux.

La gamme Meostar a un gros atout : l’œilleton peut se dévisser pour monter à la place un complément optique multipliant le grossissement par 2. La qualité d’image reste bonne, et il est possible d’en monter un de chaque côté pour rester en vision binoculaire. Ce booster 2x coûte 350 € pièce.

 

7. Swarovski SLC 8x56 

Dans le cercle fermé des jumelles 8x56 mm, les Swarovski SLC 8x56 WB se démarquent par une prestation haut de gamme et un tarif plutôt contenu. Il est en effet inférieur à celui des 10x50 de la gamme EL. Notre test montre que les SLC 8x56 offrent une prestation homogène et de haut niveau. La qualité d’image en bord de champ n’est pas au niveau de la gamme EL, mais reste bien au-dessus de la moyenne. Ce qui caractérise les produits Swarovski est leur neutralité de couleur en général proche de la perfection, et ce produit ne déroge pas à la règle. Performance couplée à une excellente transmission de 92 %. Le seul reproche est un centre de gravité trop sur l’avant. Du coup, on fatigue plus vite qu’avec des jumelles équilibrées sur l’arrière. Le dernier point fort à souligner sur la gamme de SLC 56 mm : elles existent aussi dans les grossissements 10x et 15x.

 

8. Blaser Primus 8x56 

Fabricant d’armes haut de gamme, Blaser s’est lancé dans l’optique en 2016. Le défi était très risqué, car côté tarif, cette marque allemande s’est positionnée frontalement en face de Leica, Zeiss et Swarovski. Elle a gagné son pari en proposant une Primus 8x56 à la hauteur de ses meilleures concurrentes. Son centre de gravité légèrement vers l’arrière est un atout pour des jumelles aussi lourdes. Blaser s’est probablement inspirée du concept Ergo-Balance des Victory SF, lancées en 2014. Autre qualité : l’optique est dotée d’un aplanisseur de champ pour avoir une mise au point homogène du centre au bord de l’image. On est proche d’un sans-faute. Des points sont néanmoins perdus sur la neutralité des couleurs : la correction est tout juste dans la moyenne avec une dominante jaune. Le positionnement haut de gamme se justifie pleinement, mais le tarif reste un peu trop élevé par rapport à Swarovski.

 

9. Zeiss Victory HT 8x54 

Les Victory HT ne font pas 56 mm, mais si vous avez plus de 30 ans, le diamètre de 54 mm sera adapté à votre pupille. Le HT signifie haute transmission de lumière. Alors que la quasi-totalité des jumelles du marché est équipée d’un prisme de Schmidt-Pechan, elles embarquent un prisme d’Abbe Koënig. Inventé par Zeiss, il a la particularité d’avoir une réflexion totale de la lumière sur ses faces, alors qu’il y a une perte dans le Schmidt-Pechan. La promesse de Zeiss est de fournir les jumelles les plus lumineuses du marché avec une transmission record de 95 % en moyenne sur le spectre, nous avons même relevé 96,5 % dans le vert. Dommage que cette performance se paye au prix fort. Notez que les Victory HT existent aussi en 10x54, et que le monoculaire 3x12 (450 €) de la marque peut se monter derrière les oculaires pour transformer les jumelles en longue-vue.

 

Retrouvez tous nos tests de jumelles dans le numéro spécial matériel n°2, décdié aux lunettes montures et accessoires pour l’astronmie (uniquement disponible en version numérique). 

Recevez Ciel & Espace pour moins de 6€/mois

Et beaucoup d'autres avantages avec l'offre numérique.

Voir les offres

Nous avons sélectionné pour vous