Le journal de bord Thomas Pesquet (20)

Oleg Novitski, Peggy Whitson et Thomas Pesquet en stage survie en Sibérie. © GCTC
L'astronaute Thomas Pesquet deviendra en novembre 2016 le dixième Français à voler dans l'espace. Chaque mois, il raconte les coulisses de son entraînement aux lecteurs de « Ciel & Espace ». Découvrez le quotidien de celui qui s'apprête à vivre six mois sur orbite à bord de la station spatiale internationale (ISS).

Épisode 20 : Survivre trois jours et deux nuits

« Être astronaute, c'est aussi être capable de survivre trois jours et deux nuits au milieu de nulle part, perdu dans la neige, en attendant que les secours viennent nous chercher. Théoriquement, lorsque nous retournons sur Terre avec le Soyouz, nous contrôlons précisément le point de chute, qui est connu à l'avance. Mais il existe plusieurs façons de revenir sur Terre : dans certains cas d'urgence, nous ne contrôlons plus grand-chose !

Lors de son dernier retour de l'ISS en 2008, ma coéquipière Peggy Whitson a atterri à plus de 400 km du site prévu. Le Soyouz avait eu un problème obligeant l'équipage à rentrer en mode balistique [en étant soumis uniquement aux lois de la gravité, NDLR]. Dans ces cas-là, il faut que les équipes au sol puissent retrouver l'équipage rapidement. Et que celui-ci survive, où qu'il se trouve. Début février, j'ai donc fait un stage de survie hivernal avec Peggy et Oleg Novitski.

Construire un tipi avec le parachute

Avec les moyens actuels, j'ai du mal à imaginer qu'on puisse chercher un équipage pendant trois jours. Même, pourquoi pas, en Sibérie (pour la petite histoire, il y a plusieurs zones d'atterrissages potentielles pour le Soyouz, dont une qui couvre l'Ouest de la France). Et pourtant dans le passé, c'est déjà arrivé ! Il nous faut donc apprendre à construire un tipi avec la toile du parachute de descente du Soyouz. Ou utiliser ses cordes et les baquets dans lesquels nous sommes installés dans le vaisseau, pour faire des traîneaux.

Notre kit de survie contient 5 litres d'eau, de la nourriture type barres de céréales, thé, sucre, etc., de quoi pêcher, une machette pour scier les arbres, un couteau, un fumigène, un miroir à signaux, une pharmacie (avec des produits parfois bizarres, comme celui, sans doute militaire, qu'il faut s'injecter pour ne plus avoir mal aux jambes, dans l'hypothèse d'une longue marche...), une radio avec deux batteries, un téléphone satellite et un GPS.

Nous abandonnons le Soyouz en tirant nos sièges, transformés en traîneaux. Crédit : GCTC
Nous abandonnons le Soyouz en tirant nos sièges, transformés en traîneaux. © GCTC

Nous avons aussi plusieurs vêtements, à mettre par couche pour se protéger du froid. Ce qui est difficile, c'est qu'il faut s'habiller à trois à l'intérieur du Soyouz ! Compte tenu de l'exiguïté de l'habitacle, je me demande d'ailleurs encore comment tout cet équipement tient à l'intérieur, caché un peu partout...

Au-delà des techniques de survie, l'intérêt de ce stage est d'apprendre à l’équipage à se connaître dans des situations hors du commun. C'est aussi, il faut bien l'avouer, une sorte de rite d'initiation. Une tradition à laquelle les Russes ne dérogeraient pour rien au monde. D'ailleurs, l'équipement n'a pas beaucoup changé depuis les années Gagarine ! Vous ne trouvez pas qu'on a tous un look très années 1960 sur les photos ? »

 

Découvrez l’épisode 21 : Dans la centrifugeuse

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