L'observatoire de Paris fête ses 350 ans

Colbert présente au roi Louis XIV les membres de l'Académie royale des sciences, par Henri Testelin. Crédit : DR
C'est le plus ancien observatoire au monde, qui fonctionne sans interruption depuis sa fondation en 1667. Ce 21 juin 2017, jour du solstice d'été, l'observatoire de Paris fête ses trois siècles et demi d'existence.

Il y va, sire, de la gloire de votre Majesté et de la réputation de la France.

En 1665, l'astronome Adrien Auzout trouve les mots justes pour convaincre Louis XIV de soutenir la création d'un observatoire et d'une société savante, à l'image de la Royal Society fondée cinq ans plus tôt à Londres, ou de l’Accademia dei Lincei, à Rome, vieille déjà de plus de soixante ans.

Un terrain au lieu-dit le Grand Regard

Soutenu par Colbert, le projet d'Auzout aboutit dès 1666 à la création de l'Académie des sciences. L'année suivante, un terrain de « six arpents de terres labourables et une mare d'un arpent, avec un moulin et une petite maison », est acquis au lieu-dit le Grand Regard, au sud de Paris, en vue de l'installation d'un observatoire astronomique. Le lieu a été préféré à Montmartre, certes plus élevé, mais au nord de la cité et donc gêné par « toutes les fumées de Paris. »

Le 21 juin 1667, sur une pierre, les astronomes Auzout, Picard et Richer gravent solennellement le méridien. C'est l'acte qui fonde l'observatoire. On confie la réalisation de l’édifice à l’architecte Claude Perrault – frère de Charles, l'auteur des Contes, et conseiller de Colbert pour les sciences et les arts. Les lignes épurées de cette « Citadelle des sciences », qui doit servir la gloire du Roi Soleil, ont été depuis rattrapées par la capitale : l’observatoire est aujourd’hui situé dans le XIVe arrondissement de Paris.

Le règne des Cassini

La direction de l'observatoire est confiée par Colbert à l'astronome Gian Domenico Cassini. Il arrive de Bologne le 4 avril 1669. C'est le début d'une dynastie scientifique qui durera plus d'un siècle.

Cassini a été recruté car c’est l'un des meilleurs spécialistes de l'observation des satellites de Jupiter, qui permet sur Terre la mesure des longitudes. Or c'est bien la cartographie qui intéresse Louis XIV. Plusieurs expéditions sont lancées au XVIIe et au XVIIIe siècle pour mesurer notre planète (et notamment le royaume de France, qui s'avère moins étendu qu'on ne le pensait !).

Par ailleurs, les progrès dans la précision des mesures des éclipses des satellites galiléens permettent dès 1676 d'obtenir un résultat intéressant : l'astronome danois Rømer démontre que la vitesse de la lumière est finie.

Carte de la Lune réalisée par Jean-Dominique Cassini en 1679. © observatoire de Paris

À la mort de Jean-Dominique Cassini en 1712, son fils Jacques (Cassini II) lui succède. Puis César-François (Cassini III), fils de Jacques, en 1756. Ce sera un grand cartographe. À la Révolution, son fils Jean-Dominique (Cassini IV) sera contraint à la démission. Son départ de l'observatoire le 6 octobre 1793 marque la fin de la dynastie.

L'observatoire du Bureau des longitudes

En 1795, l'observatoire est placé sous la tutelle d'un nouvel organisme créé par la Convention, le Bureau des longitudes. Sa mission est claire :

Faire fleurir notre marine et favoriser le commerce par le développement de l’astronomie.

Engagés depuis le début des années 1790 dans l'aventure du mètre – il est défini, par souci d'universalité, comme la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre –, les astronomes de l'observatoire consacrent l'essentiel de leurs ressources au début du XIXe siècle à la mesure du méridien.

C'est François Arago, en 1809, qui achève ce travail lors d'une expédition aux Baléares. Rendu célèbre par cet exploit, élu membre de l'Institut à seulement 23 ans, il augmente peu à peu son emprise sur l'observatoire et l’oriente résolument vers la recherche en physique. Pendant son règne de « directeur des observations » (la tutelle étant toujours exercée par le Bureau des longitudes), l'optique et l'électromagnétisme se développent à l'observatoire. C'est aussi Arago qui, en 1847, fait installer la grande coupole qui domine la tour est de l'observatoire.

La coupole Arago trône sur la tour est de l'observatoire. © David Fossé / Ciel & Espace

Lorsque Urbain Le Verrier prend la tête de l'observatoire en 1854, il réoriente totalement la recherche qui y est faite. L'astronomie physique chère à Arago n'est plus de mise. Désormais, les astronomes doivent se consacrer à l'observation de la position des étoiles et des planètes. La mécanique céleste est la spécialité du nouveau directeur : n'a-t-il pas découvert par le calcul, « au bout de sa plume », la planète Neptune en 1846 ?

Cartes météo et horloge parlante

Le Verrier développe tout de même à l'observatoire une discipline nouvelle, la météorologie, et recrute un brillant physicien qui, entre autres, y concevra un nouveau type de télescope : Léon Foucault.

Urbain Le Verrier découvre la planète Neptune, par Edmond Levis Dupain (1889). © observatoire de Paris

Dans les décennies qui suivront, sous la direction successive d’Ernest Mouchez, Félix Tisserand, Maurice Loewy au tournant du XXe siècle, puis Benjamin Baillaud, Henri Deslandres et Ernest Esclangon jusqu'en 1944, l'observatoire sera au centre de plusieurs innovations. Certaines heureuses comme l'invention de l'horloge parlante (1933), dans le droit fil de la fondation du Bureau international de l'heure à l'observatoire en 1919.

D'autres plus discutables, comme le pharaonique projet international de Carte du Ciel, lancé à Paris en 1887, qui prévoit de cartographier par la photographie toutes les étoiles plus brillantes que la magnitude 11, sur l'ensemble de la voûte céleste, et qui ne sera jamais achevé.

Aujourd'hui, l'observatoire de Paris compte environ 400 chercheurs répartis sur trois sites. Son histoire, les recherches que l’on y mène, et l'ensemble des manifestations prévues pour son anniversaire sont accessibles à l'adresse suivante : http://350ans.obspm.fr/fr

Nous rediffusons aussi à l'occasion de cet anniversaire une série de 3 podcasts consacrés à l'observatoire.

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