Une planète habitable à 20 années-lumière de la Terre ?

Vue d'artiste de la planète Gliese 581g. Crédit : Lynette Cook

Une équipe américaine vient d'annoncer la découverte d'une planète habitable de 3,1 masses terrestres à seulement 20 années-lumière de la Terre.

En orbite à 10 millions de kilomètres de son étoile Gliese 581 – une naine rouge trois fois plus petite et plus légère que le Soleil, 100 fois moins lumineuse et qui possède déjà un cortège planétaire –, cette planète probablement rocheuse aurait une température compatible avec la présence d'eau liquide en surface. Une première candidate sérieuse pour la recherche de la vie ?

Une annonce enthousiaste...

C'est bien ce qu'affirment ses découvreurs. « Personnellement, compte-tenu de l'ubiquité et de la propension de la vie à fleurir partout où elle le peut, je dirais que les chances de vie sur cette planète sont de 100% » estime Steven Vogt (université de Californie à Santa Cruz) dans un article publié par Discovery News (en anglais).

Pour Paul Butler, de la Carnegie Institution de Washington, la question n'est d'ailleurs pas de savoir s'il y a de la vie sur la planète Gliese 581g, « elle devrait être de démontrer qu'il n'y en a pas » ! Mais cette assurance est à la mesure de la prudence des spécialistes.

Un accueil prudent

Au Laboratoire d'astrophysique de Grenoble, l'un des principaux découvreurs des premières planètes de Gliese 581 (b,c, d et e, découvertes entre 2005 et 2009) s'avoue ainsi « assez sceptique » sur la méthode utilisée par Vogt et ses collègues.

Pour dénicher « g » et sa grande sœur « f », de 7 masses terrestres, « nos collègues américains ont utilisé pour une moitié leurs propres mesures de vitesse radiale, obtenues avec le télescope Keck à Hawaï, et pour l'autre celles, plus précises, que nous avons publiées grâce à Harps jusqu'en 2009 », explique Xavier Bonfils. Le problème, c'est que les données du Keck, seules, « permettent de ne retrouver que deux des quatre premières planètes du système », poursuit le chercheur. D'où une réserve sur l'existence même de Gliese 581g (et f) : même lorsqu'on leur adjoint celles de Harps, les données du télescope américain sont-elles vraiment de qualité suffisante pour détecter six planètes d'un coup ?

Système Gliese 581

L'astrophysicien Franck Selsis, lui, s'interroge sur l'habitabilité de l'hypothétique planète. Une condition nécessaire, mais sans doute pas suffisante, est la présence d'eau liquide. « Or pour avoir de l'eau à la surface d'une planète, il ne suffit pas d'être ni trop près, ni trop loin d'une étoile, c'est plus subtil que ça » souligne le chercheur de l'Observatoire de Bordeaux.

Par exemple, si la rotation de Gliese 581g est synchrone (ce que suggèrent les américains), elle doit posséder suffisamment de CO2 (gaz à effet de serre) pour pouvoir redistribuer la chaleur de la face éclairée vers la face sombre. « Sinon, toute l'eau de la planète s'y retrouve piégée sous forme de glace. » Un tout petit peu trop de CO2, en revanche, pourrait rendre la face éclairée inhabitable : « Sur le côté « nuit », on aurait peut-être de l'eau liquide, mais pas de photosynthèse ! »

Bientôt une confirmation ?

Autant dire qu'il est un peu tôt pour annoncer une vie certaine sur Gliese 581g, planète dont l'existence reste d'ailleurs à confirmer ! « Depuis 2009, nous avons obtenu 60 nouvelles mesures de vitesse radiale de Gliese 581 avec Harps, glisse Xavier Bonfils. Nous sommes en train de les analyser. Si la planète existe, nous la verrons. » Et sinon ? « Depuis 2007, nous savons qu'il y a une autre planète probablement habitable dans ce système : Gliese 581d », reprend Franck Selsis. La petite étoile rouge de la Balance n'a pas fini de faire parler d'elle.

Mise à jour du 12 octobre 2010 :
Le 10 octobre 2010, lors d'une conférence de l'UAI, l'astrophysicien Francesco Pepe a contredit l'existence de Gliese581g ; lire à ce sujet notre actu “La planète habitable de Gliese 581 a vécu”.

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