Stephen Hawking, physicien de premier rang et star des médias

L’astrophysicien britannique Stephen Hawking, lors d’un vol Zero G en 2007. © Zero Gravity Corp.
Il était probablement le physicien le plus connu après Einstein et Newton. Décédé à l’âge de 76 ans le 14 mars 2018, le Britannique Stephen Hawking, paralysé par une sclérose latérale amyotrophique, était devenu une icône médiatique. Le magazine « Ciel & Espace » l’avait rencontré en 2005 et pénétré son univers si particulier.

Les spécialistes le connaissaient comme un expert en physique des trous noirs et en physique quantique, des domaines extrêmement pointus. Pourtant, depuis 1988, après la parution de son livre Une brève histoire du temps, Stephen Hawking, était aussi devenu une célébrité populaire dans le monde entier. Disparu le 14 mars 2018 à l’âge de 76 ans, le Britannique qui occupait à Cambridge la chaire de l’illustre Isaac Newton jouait de ces deux aspects de sa personnalité. En 2005, Jean-François Haït, journaliste à Ciel & Espace, l’avait rencontré dans son université de Cambridge, en Angleterre. Nous republions ci-dessous son reportage, paru en août 2005, où l’on découvre l’univers particulier de Stephen Hawking, théoricien aux concepts ardus, chercheur parmi ses étudiants et figure médiatique mondialement célèbre.

L’étrange Univers de Monsieur Hawking

Voir Stephen Hawking pour la première fois cause un double choc. Choc d’abord d’une silhouette familière, dont le fauteuil roulant n’est pas le moindre attribut pour donner à son occupant une notoriété planétaire. Choc ensuite qu’éprouve un « bien portant » face à un homme que la maladie a presque totalement privé de l’usage de son corps, et qu’une infirmière nourrit laborieusement à la petite cuillère, comme un bébé. Stephen Hawking, 63 ans [en 2005], le scientifique le plus célèbre du monde après Albert Einstein, est atteint depuis l’âge de 20 ans de sclérose latérale amyotrophique, une dégénérescence de certains neurones qui provoque une atrophie des muscles. Il ne marche pas et, suite à une trachéotomie dans les années 1980, ne parle plus. Il ne peut communiquer qu’à l’aide d’un ordinateur portable couplé à un synthétiseur vocal, fixé à son fauteuil. 

Son bureau au Département de physique théorique et de mathématiques appliquées (DAMTP) à l’université de Cambridge (Royaume-Uni), vaste et clair, est conforme au mythe qui s’est construit autour de lui : son obsession pour Marilyn Monroe, épinglée sur tous les murs, son goût pour les plaisanteries de potache — lui sur un photomontage avec Einstein et Newton, avec les personnages des Simpsons, qu’il adore, avec Steven Spielberg et E.T. —, sa sphère intime aussi avec des photos de ses enfants, qu’il ne cache pas. Les rayonnages sont chargés d’ouvrages scientifiques de référence et de multiples traductions d’un de ses récents opus grand public, L’Univers dans une coquille de noix. Sur sa table de travail, un écran d’ordinateur, un thermomètre de Galilée et une étrange fontaine psychédélique conçue par sa femme, et qui dispense une fumée paraît-il bienfaisante.

Ambiance de déjeuner détendue

L’ambiance du déjeuner de travail hebdomadaire auquel il convie ses étudiants est détendue. Ils sont quatre ce mardi 21 juin, à s’activer près du four à micro-ondes avant de s’affaler dans le canapé, face à lui. Contrastant avec son immobilité, son regard est très expressif, incisif, presque intimidant. La conversation des étudiants roule sur le dernier Star Wars. Stephen ne l’a pas aimé, n’est-ce pas Stephen ? L’intéressé acquiesce dans un sourire qui déforme une bouche qu’on aurait cru immuablement figée. Soudain, la voix métallique de son synthétiseur vocal rompt étrangement le bavardage. « Qui va parler aujourd’hui ? » Chaque semaine, à l’issue du déjeuner, un étudiant fait une présentation orale sur un sujet scientifique. Aujourd’hui, c’est Christophe Galfard, 29 ans, le seul Français en date à avoir étudié sous la houlette du maître. Le sujet, incompréhensible pour le profane, parle de branes, des univers à dimensions multiples… La craie crisse, le tableau noir se blanchit d’équations. Stephen Hawking suit la présentation du regard sans intervenir, baisse parfois les yeux, comme s’il s’endormait. Pourtant, à la fin, lorsque son étudiant lui pose une question technique, sa réponse — une moue — ne se fait pas attendre. C’est non. La séance est levée. 

Assister au déjeuner rituel est une chance. « Nous rejetons un nombre incalculable de demandes des médias du monde entier », souligne Judith Croasdell, la secrétaire personnelle de Hawking, une maîtresse femme qui jongle du matin au soir avec les sollicitations de toute nature et joue les cerbères devant sa porte. Car Hawking n’est pas un scientifique ordinaire. Parce qu’il s’intéresse aux origines de l’Univers, il est pour beaucoup « the man », une sorte de gourou censé connaître la réponse à quantité de questions métaphysiques. Un harcèlement médiatique incessant, des bataillons de fans transis, de Chine jusqu’en Espagne, des tonnes de lettres, y compris celles de la « ligue des cinglés », précise Judith Croasdell, en exhibant la missive d’une Australienne qui prétend être entrée en contact avec Hawking par téléportation… L’ensemble est soigneusement classé et archivé dans des boîtes en carton. Lui n’en prendra que rarement connaissance.

Un emploi du temps bien rempli

Car Stephen Hawking est un chercheur avant tout et son emploi du temps est bien rempli. Tous les jours, de la mi-journée jusque tard dans la soirée, il travaille au DAMTP, qui occupe un des bâtiments du Centre des sciences mathématiques (CMS). C’est un luxueux complexe de brique, de verre et de métal, à l’architecture spectaculaire, qui a surgi il y a trois ans au milieu des greens et des cottages fleuris de Cambridge. Le groupe que dirige Hawking, « Relativité et gravitation », comprend une trentaine de chercheurs et d’étudiants. Son champ d’activité : la physique théorique en cosmologie, l’Univers primordial, la relativité générale, les trous noirs ou la gravitation quantique. Bien avant la création du département, la recherche en physique mathématique était déjà à Cambridge une tradition depuis près de 300 ans.

Ainsi, Hawking occupe, depuis 1979, la prestigieuse et très ancienne chaire de professeur lucasien en sciences mathématiques de Cambridge. Parmi ses prédécesseurs, Isaac Newton (excusez du peu), Charles Babbage, l’inventeur du premier ordinateur au XIXe siècle, ou plus récemment Paul Dirac, un géant de la mécanique quantique, prix Nobel 1933. En vrac, Joseph Thomson, découvreur de l’électron, Fred Hoyle, le chantre d’un Univers stationnaire, ou Arthur Eddington, l’astrophysicien qui a confirmé la relativité d’Einstein, ont aussi enseigné les mathématiques à Cambridge… Et à un jet de pierre du DAMTP, il y a le centre Isaac Newton, où le mathématicien Andrew Wiles a annoncé avoir « craqué » le coriace théorème de Fermat, le 23 juin 1993.

On l’aura compris, Cambridge est un incroyable vivier de grosses têtes. À 90 km au nord de Londres, cette petite ville pleine de charme, avec ses canaux, ses maisons fleuries, ses vieilles pierres et ses 31 collèges prestigieux (King’s, Trinity…), aux traditions immuables, a donné au monde 80 prix Nobel. Tel pub près de King’s College annonce pour attirer le chaland que Watson et Crick, les découvreurs de la structure de l’ADN, venaient à l’occasion y prendre un verre. 

À ses étudiants de traduire ses concepts

Un rêve d’étudiant… Christophe Galfard l’a réalisé. « J’ai eu envie de rencontrer Hawking dès l’âge de 8 ans. À l’époque, il était le seul scientifique vraiment célèbre. Et pour moi, il était le seul à être réellement proche du public. » Un parcours atypique conduira le jeune Français à Hawking. Diplômé de l’École centrale, Christophe postule pour le DEA de physique théorique à Cambridge et en sort très bien classé. Il rencontre le physicien britannique, le courant passe. « Je savais que faire une thèse avec lui représentait des contraintes importantes. Mais je l’ai choisi un peu comme on choisit un maître d’armes. » Parmi ces contraintes, celle d’être son scribe et, parfois, sa voix. Stephen Hawking ne parle plus et ne compose ses phrases sur son ordinateur que très lentement, en cliquant sur un boîtier avec sa main gauche, à peine valide, pour sélectionner les mots qui s’affichent sur son écran. Pas question d’avoir avec lui une conversation à bâtons rompus. Il faut parfaitement connaître son travail pour l’exposer à sa place. « J’étais son étudiant depuis six mois à peine, lorsque nous sommes allés à Santa Barbara, aux États-Unis. Il y avait là un prix Nobel et une médaille Fields. J’ai dû répondre à leurs questions pour Stephen. J’en avais des suées, se souvient Christophe Galfard. Aujourd’hui, cinq ans après, je peux plus facilement parler pour lui. »

Christophe Galfard et Stephen Hawking, en 2005, à Cambridge. © J.-F. Haït

Idem lorsqu’il s’agit de travailler. Stephen Hawking n’a plus la possibilité d’écrire des pages entières d’équations. Alors, il a construit ses propres outils intellectuels. Ses résultats, il les exprime en mots, en concepts. À charge pour ses étudiants et collaborateurs de les traduire sur le tableau noir. « Hawking, c’est un peu comme l’oracle de Delphes. On ne comprend pas tout ce qu’il dit, mais c’est puissant, résume Christophe Galfard. Avec lui, on s’attaque à des sujets très costauds, d’habitude réservés aux chercheurs confirmés. C’est dur, mais très gratifiant pour les étudiants. Même si ce n’est pas facile de travailler avec lui. Sa personnalité est écrasante. »

Les sujets costauds, Hawking les a lui-même abordés alors qu’il n’avait qu’une vingtaine d’années. Transfuge d’Oxford, il arrive à Cambridge en 1962 pour y effectuer sa thèse sous la responsabilité de Dennis Sciama. Ce chercheur brillant et discret a constitué une équipe d’étudiants doués auxquels il laisse une grande latitude dans le travail. « Une petite galaxie d’étoiles », se souvient Gary Gibbons, professeur au DAMTP et l’un des premiers étudiants de Hawking. Beaucoup deviendront en effet des sommités, comme sir Martin Rees, l’astronome royal britannique. Le cosmologiste Brandon Carter, un autre étudiant de Sciama, aujourd’hui au Laboratoire de l’Univers et de ses théories (Luth), à l’observatoire de Paris-Meudon, se souvient de sa première rencontre avec Hawking : « Dès le début, j’ai compris qu’il était très fort. Il venait d’Oxford, où la formation mathématique était alors moins bonne. Mais il nous a vite rattrapés et dépassés. Il comprenait très rapidement les nouveaux concepts. » 

Les trous noirs ne sont pas noirs

Avec son inséparable condisciple d’alors, Roger Penrose, Hawking se lance, de 1965 à 1970, dans des travaux théoriques sur le big bang. Ils appliquent la relativité générale d’Einstein et établissent qu’au commencement de l’Univers il existe une singularité, un effondrement gravitationnel semblable à celui que l’on trouve au cœur des trous noirs. Ces travaux vaudront déjà à Hawking une grande notoriété. Mais il fera une entrée fracassante dans la cour des grands avec un article publié dans Nature en 1974, « Exploding black holes ». La théorie qu’il y expose est révolutionnaire : les trous noirs ne sont pas noirs. On croyait pourtant que rien, pas même la lumière, ne pouvait s’en échapper. Mais Hawking démontre que, par un phénomène quantique, le trou noir rayonne comme une ampoule. Et, au bout d’une durée extrêmement longue, finit par exploser dans une gerbe de lumière.

Ce destin ne concerne que des trous noirs minuscules, car le « rayonnement de Hawking » est négligeable pour les trous noirs stellaires. Mais il ouvre un champ d’investigation passionnant. « À l’époque, nous étions très peu à travailler sur la gravité quantique, et guère encouragés, se souvient Gary Gibbons. La découverte de Hawking a dégagé tout un domaine : il nous a donné un problème physique à étudier. Ce que nous faisions n’était plus purement formel. » Il n’aura aussi de cesse d’appliquer la mécanique quantique à la cosmologie, pour la réconcilier avec la relativité générale. Il définira ainsi l’Univers comme un système quantique. Dans les années 1980, il échafaudera une audacieuse et très complexe théorie des conditions initiales de l’Univers, la « gravité euclidienne ». Elle lui vaudra les foudres du pape, pour qui la genèse est chasse gardée.

Pour ses pairs, sa contribution est incontestable dans au moins un domaine. « Hawking est devenu, avec Penrose et Carter, un des pères fondateurs de la physique théorique des trous noirs », note Jean-Pierre Luminet, directeur de recherche au Luth à Meudon. « C’est le plus grand théoricien pour les phénomènes gravitationnels, confirme Renaud Parentani, du Laboratoire de physique théorique de l’université Paris-Sud, « hawkinguien » convaincu. Personne ne peut le contester, sauf des charlatans. En cosmologie, en revanche, il n’est pas le seul. Il y a d’autres chercheurs de tout premier plan qui ont fait des choses très originales. » Un avis partagé par Gerard ’tHooft, professeur à l’université d’Utrecht (Pays-Bas), théoricien des trous noirs et prix Nobel de physique 1999 pour sa contribution en physique des particules. « Hawking a fait, avec Penrose, des travaux très importants. Mais pour une théorie globale unificatrice, il n’est pas le meilleur contributeur. Il y a de nouvelles approches, en particulier avec la théorie des cordes. » Stephen Hawking n’a-t-il jamais été pressenti pour un prix Nobel ? Peut-être, mais il est un pur théoricien, et tant que ses travaux n’ont pas été confirmés par l’observation, cette éventualité est peu probable.

Une publicité qui agace certains

Finalement, l’homme est-il un nouvel Einstein, comme on l’a tant lu et entendu ? Certainement pas. Dans sa vénérable « loge des maîtres » de Trinity College, sir Martin Rees, astrophysicien spécialiste des quasars, au palmarès aussi impressionnant que celui de Hawking, est visiblement un peu agacé de la publicité faite autour de son ancien condisciple : « Il est dans le top 20 des physiciens », résume-t-il sèchement. Mais pas à la première place. « Hawking a fait de très belles choses, mais elles n’affectent pas nos vies, alors que les découvertes d’Einstein sont fondamentales et s’appliquent à tout. La seule comparaison pertinente, c’est qu’il est, comme Einstein, totalement dévoué à la science », souligne Gerard ‘tHooft. L’intéressé lui-même se défend de la comparaison avec le génie à la pipe et à la moustache, à chaque fois qu’on lui pose la question.

Le problème, c’est que la presse a besoin d’une icône à la Einstein. Hawking, qui aime les médias et les utilise, se prête volontiers au jeu. En 1988 paraît Une brève histoire du temps, un livre à l’intention du grand public qu’il a rédigé pour subvenir à des besoins financiers personnels. Malgré quelques touches d’humour, l’ouvrage — un voyage sur la flèche du temps du big bang aux trous noirs — est aride. Le résultat est pourtant un succès planétaire : 51 semaines en tête des ventes, traduit en 22 langues, aujourd’hui sans doute plus de 10 millions d’exemplaires vendus. Et aussi un paradoxe : la  plupart des lecteurs n’ont pas terminé le livre et en ont compris, au mieux, la moitié. La seule personnalité de son auteur s’est révélée comme le plus efficace des marketings.

Le début du succès médiatique

Hawking débute alors une extraordinaire carrière médiatique. On le réclame partout. Il multiplie les apparitions télévisées, les conférences de prestige. L’argent des droits afflue : Une brève histoire du temps lui aurait rapporté 5 millions de dollars. « Il en avait besoin pour vivre décemment, justifie Brandon Carter. Son état nécessite trois infirmières à plein temps qui se relaient 24 h sur 24, plus du matériel, un fauteuil roulant, etc. Un salaire de professeur à Cambridge n’y aurait pas suffi. Sans cela, il aurait peut-être passé le reste de sa vie dans une institution spécialisée. » Christophe Galfard tempère : « Cela fait des jaloux, évidemment. Mais il est loin d’être milliardaire. Une grande partie de l’argent récolté revient au financement de la recherche à l’université. »

Hawking s’est révélé, grâce à sa notoriété, un remarquable leveur de fonds pour Cambridge. Au Royaume-Uni, le mécénat se vit sans complexe. Le somptueux CMS a coûté la bagatelle de 100 millions d’euros, dont seuls 25 ont été financés par le gouvernement. Le reste vient du privé. Le bâtiment du DAMTP a été offert par Hans Rausing, milliardaire des emballages de jus d’orange Tetra Pack, la bibliothèque du CMS par Gordon et Betty Moore, propriétaires du fabricant de processeurs Intel. Hawking, qui utilise un ordinateur PC pour communiquer, se dit lui-même « Intel inside ». Un humour non désintéressé, chez celui qui prend soin de cultiver ses amitiés dans les milieux industriels avec de grands patrons soit issus de Cambridge, soit admirateurs du maître. Selon un ouvrage récent sur les professeurs lucasiens, Hawking serait ainsi intervenu dans une négociation très importante qui a permis à Microsoft d’installer un laboratoire de recherche sur le site de Cambridge, avec à la clé un énorme pactole pour l’université. Mais il a aussi utilisé sa célébrité pour défendre d’autres causes : il s’est par exemple battu publiquement pour la cause des personnes handicapées, et s’est prononcé vigoureusement contre la guerre en Irak. 

« On lui demande tout et n’importe quoi »

Mais la médaille a son revers. « On lui demande tout et n’importe quoi, des choses stupides comme se mettre sur un canapé pour papoter. Tout de même, il est paralysé ! Certains journalistes se sont comportés avec lui de manière lamentable », s’indigne Judith Croasdell. Un tabloïd a même publié une double page avec monsieur univers et miss univers, entendez Stephen Hawking d’un côté et une playmate affriolante de l’autre. 

Parfois aussi, il a sa part de responsabilité dans l’emballement de la machine médiatique, et les dents grincent dans la communauté scientifique… Comme à Dublin (Irlande), en 2004. Lors d’une conférence très technique, il ajoute une contribution de dernière minute : quand de la matière est avalée par un trou noir, toute l’information n’est pas perdue. L’annonce aurait pu passer inaperçue. Mais son auteur n’est pas n’importe quel scientifique. De plus, il contredit ses propres travaux, et perd du même coup un pari pris publiquement avec les physiciens américains Kip Thorne et John Preskill. La presse a été alertée, la salle est comble. Après son discours, Hawking, qui a organisé la mise en scène, fait monter John Preskill sur l’estrade pour lui faire remettre l’enjeu du pari, une encyclopédie sur le base-ball… 

Problème : son exposé n’entre dans le détail. Et, contre les usages du milieu scientifique, Stephen Hawking a annoncé un résultat avant de le publier dans une revue spécialisée, sans le confronter à la critique de ses pairs. « Faire un tel cirque médiatique a été mal accepté par la communauté. En plus, personne n’était impressionné, car on savait déjà que sa théorie ne tenait pas. Je m’étais accroché avec lui sur ce sujet. Car j’avais refait les calculs avec un autre point de départ et j’avais obtenu un résultat différent. Il ne l’a jamais accepté. Peut-être a-t-il pensé que je l’attaquais », raconte Gerard ‘tHooft. « Certes, il a court-circuité le débat contradictoire usuel en science, relativise Renaud Parentani. Mais il a l’honnêteté intellectuelle de démonter ses propres travaux et, en plus, d’avancer sur le sujet. » Plus proche de lui, Gary Gibbons avance une explication : « L’événement de Dublin, c’était sa façon de dire : je suis de retour sur le devant de la scène. »

Une production scientifique ralentie

Il est vrai que sa production scientifique a été fortement ralentie par la maladie depuis les années 1990, et il n’a rien publié depuis plus de deux ans. En 2004, une pneumonie l’a beaucoup affecté. L’article sur l’information dans les trous noirs, qui constitue le sujet de thèse de Christophe Galfard, devrait cependant paraître à la fin de l’été. Hawking continue à voyager, « malgré l’avis de ses médecins », précise son étudiant. Il se rend une fois par an aux États-Unis et a donné récemment en Espagne une conférence de prestige. Mais il éprouve de plus en plus de difficultés à utiliser sa main gauche qui lui sert à communiquer via son boîtier. Ses proches se démènent pour tester d’autres systèmes, comme un capteur des battements de l’œil relié à son ordinateur, afin de lui éviter un enfermement complet et irrémédiable.

Sa production éditoriale, elle, ne s’est jamais arrêtée. Il publie un nouvel ouvrage, Une très brève histoire du temps, une version de son best-seller qui se veut plus accessible. Et surtout, il parachève un grand projet. Un film au format Imax intitulé Au-delà de l’horizon. Judith Croasdell en fait l’article : « Un voyage à l’intérieur de son cerveau pour découvrir ses théories sur les trous noirs. » La sortie est prévue en 2006. « Vu ses moyens physiques, ce sera sans doute sa dernière contribution majeure pour le grand public », estime Christophe Galfard. Son testament ? Peut-être. Mais personne à Cambridge ne veut évoquer le pire. Car Stephen Hawking conserve, aux dires de tous, sa force de caractère, son humour, et une incroyable énergie. Celle-là même qui lui a permis de surmonter le déclin de son corps. Quand les médecins lui ont appris la nature de sa maladie, au début de 1963, ils lui donnaient, au mieux, deux ans à vivre.

 

À découvrir aussi en podcast :

Stephen Hawking, un homme face à l'infini

Une interview de l'astrophysicien Michel Cassé par David Fossé, enregistrée en 2009 à l'occasion de la parution de la biographie de Stephen Hawking par Kristine Larsen, aux éditions Dunod.

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